Joyce Wieland, une pionnière de l’art canadien en vedette au MBAM
De la peinture au dessin en passant par les films, les assemblages et les créations textiles, notamment ses fameuses courtepointes plus grandes que nature, Joyce Wieland a été une pionnière de l'art canadien. À compter de samedi, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) propose la rétrospective la plus exhaustive jamais consacrée à son œuvre. Née en 1930 à Toronto, où elle est décédée en 1998, Joyce Wieland est la première femme à avoir fait l’objet d’une exposition en solo au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), en 1971, ainsi qu’au Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO), en 1987. Cette nouvelle rétrospective, intitulée Joyce Wieland : à cœur battant, vise à faire connaître cette artiste à un nouveau public. L'imposante courtepointe « 109 Views (109 paysages) » de Joyce Wieland, réalisée en 1970. Photo : MBAC / Joan and Martin Goldfarb Gallery de l’Université York / Toni Hafkenscheid L’exposition est divisée en huit parties qui retracent la carrière de Mme Wieland de manière chronologique et thématique, à commencer par ses débuts dans les domaines du graphisme, du cinéma et de l’animation. C’est durant cette période qu’elle a rencontré Michael Snow, un autre grand artiste canadien, avec qui elle s'est mariée en 1956. L’exposition présente aussi des tableaux marquants que l’artiste a réalisés au début des années 1960, des œuvres influencées par les courants avant-gardistes et qui puisaient dans l’imagerie féminine. C’est également à cette époque, après s’être installée à New York, en 1962, qu’elle est devenue une figure incontournable du cinéma expérimental avec des films comme Rat Life and Diet in North America (1968) et Reason Over Passion (1969). La toile « Boat Crash (Naufrage) » de Joyce Wieland, achevée en 1964. Photo : Institut de l'art canadien / Musée des beaux-arts de l’Ontario Son grand amour pour le cinéma s'est d’ailleurs reflété dans les autres formes d’art qu’elle a pratiquées, comme dans Boat Crash (1964), une de ses Quelques-unes des toiles de Joyce Wieland exposées au MBAM. Photo : MBAC / Cinémathèque québécoise / Denis Farley Même si elle a obtenu de la reconnaissance dans de nombreux domaines, cette artiste touche-à-tout a tout particulièrement brillé dans l’art de la courtepointe, une pratique historique qui n’avait pas tout à fait percé jusque dans les cercles artistiques dans les années 1970. La courtepointe « Barren Ground Caribou » est exposée depuis 1978 dans le métro de Toronto, qui a prêté l'œuvre au MBAM pour l'exposition. Photo : MBAC / Cinémathèque québécoise / Denis Farley Parmi ses courtepointes les plus connues, on compte notamment ses deux plus grandes, Defend the Earth/Défendez la terre (1972) et Barren Ground Caribou (1977-1978), deux œuvres colorées qui sonnent l’alarme pour l’avenir de la planète, particulièrement celui de l’Arctique, qu’elle a visité à l’occasion d’un pôle artistique sur l’île de Baffin, au Nunavut. Joyce Wieland à New York en mai 1964. Photo : MBAM / Succession de John Reeves / John Reeves En tant qu’artiste militante, plusieurs thèmes récurrents ont sous-tendu les œuvres de Joyce Wieland au-delà de l’écologisme, comme le féminisme, la justice sociale et la politique. Elle se questionnait aussi beaucoup sur l’identité canadienne, avec son point de vue particulier d’expatriée aux États-Unis. Au cœur de ce questionnement sur l’identité canadienne se trouvait aussi son affection pour le Québec, où elle comptait plusieurs amis chers. Elle a d’ailleurs consacré un de ses films à Pierre Vallières, journaliste et écrivain militant qui a signé l’ouvrage Nègres blancs d’Amérique. Le documentaire de Joyce Wieland sur Pierre Vallières est projeté au MBAM devant son œuvre tricotée « Flag Arrangement ». Photo : MBAC / Cinémathèque québécoise / Denis Farley Ce documentaire de 32 minutes est un véritable objet de curiosité : Joyce Wieland ne cadre que la bouche de l’auteur alors qu’il prononce un discours où il associe la lutte pour l'indépendance du Québec au combat pour l'égalité des femmes et à la reconnaissance des droits des Autochtones. L’exposition Joyce Wieland : à cœur battant est présentée du 8 février au 4 mai au MBAM. Les billets sont en vente sur le site du Musée.À une époque, elle était vraiment connue comme une des artistes les plus importantes de sa génération
, explique Anne Grace, conservatrice de l’art moderne au MBAM, qui a contribué à mettre cette exposition sur pied en collaboration avec l’AGO.On trouvait que c’était important de faire connaître son œuvre non seulement à une nouvelle génération d’artistes mais aussi au grand public, surtout à Montréal où elle est méconnue.

Pratiques entrecroisées
À cette époque, on voit que son style et celui de Michael Snow sont très semblables : on a même plusieurs dessins du couple et des portraits de Michael. On voit toute la complicité qui régnait dans ce couple d’artistes
, explique Anne Grace.
toiles filmiques
où on suit le naufrage d’un voilier sur plusieurs encadrés, à l’instar des scénarimages (storyboards) réalisés lors de la préproduction de films.Dans l’exposition, on a voulu mettre les films littéralement dans le centre des salles, donc il y a un espace pour regarder les films, et les autres œuvres sont installées autour
, explique à cet égard Anne Grace. C’est une façon de s’assurer que les visiteurs voient la complexité de ses propos.

L'art méticuleux de la courtepointe
Elle voulait rendre hommage au travail de fabrication des courtepointes, un travail artisanal qui n’était pas apprécié de la même manière que les autres arts visuels
, explique Anne Grace. Alors qu’elle travaillait essentiellement seule dans ses autres modes d'expression, elle souhaitait s’entourer de mains expertes pour ses œuvres textiles.Pour les courtepointes, c’était souvent sa sœur qui les confectionnait. Et pour les œuvres tricotées ou brodées, elle voyageait dans les provinces maritimes et elle allait dans les foires, à la rencontre de tricoteuses et de brodeuses championnes
, raconte la conservatrice d’art moderne du MBAM.
Elle avait un respect pour la maîtrise de ces techniques. Ce qui distingue notre exposition, c’est qu’on a inclus le nom des femmes qui ont confectionné ces œuvres dans les cartels affichés sur le mur. Cette idée de collaboration était une partie fondamentale de la vision de l’artiste.

Affection particulière pour le Québec
Sa vision du Canada était assez complexe, surtout parce qu’elle a passé la plus grande partie des années 1960 à New York
, explique Anne Grace, qui ajoute qu’elle a été une des premières artistes à intégrer dans son art le drapeau canadien, adopté en 1965. On peut voir la feuille d’érable rouge dans l'œuvre en plastique et en tissu Confedspread (1967) ou encore dans Flag Arrangement (1970-1971), cette dernière ayant été réalisée en laine tricotée.
Elle s’intéressait beaucoup au Québec et à son histoire. Elle admirait la culture québécoise et l’importance des femmes au Québec. Elle a d’ailleurs légué les droits de ses films à la Cinémathèque québécoise
, raconte Anne Grace.
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